Plus qu’un seul lundi de doux visage d’Élyse. Ensuite, ce sera encore un lundi sans soleil, encore un lundi qui s’enfuit vers le sommeil, vers l’oubli, une étincelle évanouie, encore un lundi sans amour, un lundi de la vie, un jour de pluie qui s’en va, un jour de pluie loin de toi.

Mais avant que ne s’éteigne la lumière qui éclaire nos existences mornes de son éclat divin, il nous reste encore 60 délicieuses minutes pour nous recueillir à l’autel de sainte Face d’Élyse. Et cette heure bénie commence avec la présentation de nos trois finalistes : 

Élodie alias Doudou, native de la ville de la salade au thon

Michael, qui a le syndrome de chouchou des juges

Ronan, «qui vit une super expérience au Canada»

Y’est venu au studio en traîneau à chiens?
— Mathieu

Non sans avoir fait un pit stop en Gaspésie pour demander si les chutes Niagara, c’tait encore ben loin.
— Caroline

Et la ville souterraine, dites-moi mon brave, c’est par où?
— Ronan, à en croire ses parents

Chacun·e des finalistes a droit à une vidéo avec un message touchant de sa famille, et on devine à l’accent et à l’excitation des familles d’Élodie et de Ronan qu’elles s’attendent à moult anecdotes de gentlemen trappeurs et de ski-doos dans les rues enneigées de Montréal lors du retour de leur enfant prodige sur le Vieux Continent. Élo et Michael ont les larmes aux yeux, comme il se doit devant tant de sollicitude et de tendresse familiales, alors que Ronan a l’air turbo mal à l’aise que tout le Québec sache maintenant que ses parents l’appellent encore Ronnie à son âge.

OK c’est ben beau ces effusions de fierté pour trois finalistes qui ont tout donné pendant maintenant 10 épisodes afin de démontrer leur savoir-faire et leur expertiste, mais nous, qui nous a fait une petite vidéo émouvante pour nous dire que ta mère et moi on est ben fiers de toi mon lapin go go go c’est dans la poche on croit en toi donne tout ce que t’as et on va t’aimer peu importe le résultat car ce qui compte c’est que tu te dépasses et que tu vives une belle expérience?

Personne. Abso-fucking-lument personne.

Je manquais justement de problèmes à aborder en thérapie.
— Caroline, soucieuse de maximiser ses rencontres

J’avais justement besoin d’une excuse pour ploguer que je suis en thérapie.
— Mathieu, soucieux d’être cool lui aussi

Ça fait même pas deux meunutes et deumie que le show est commencé qu’on a déjà la rage au coeur, ça nous prendrait un peu de douceur. Dis-nous, Face d’Élyse, étoile de nos jours éloignant de sa lueur la mélancolie qui pèse sur nos vies lorsque tu n’y rayonnes pas, quand donc prend fin la compétition?

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Ce soir? Mais… c’est ce soir ça, ce soir!

On dit que ça prend un village pour élever un enfant. Semblablement, ça prend un centre d’achats au complet pour faire une saison des Chefs. La finale est donc une présentation de IGA-Boulangerie Saint-Méthode-Air France-Les producteurs de porc du Québec-Les producteurs de blé d’Inde en canne du Témiscouata-le Club de pétanque de Saint-Félicien-Honda de Blainville Honda de l’Île-Perrot (faut chanter le jingle en le disant)-Le p’tit dépanneur au coin avec la madame qui fume encore des topes en-dedans-La Pataterie Hochelaga-IBM-Microsoft-Samson Bélair Deloitte Brault et Martineau et les magasins Woolco.

Et pour juger une finale, il faut demander aux quatre juges de se coller non colle-toi plus que ça sur Isa non plus à gauche Normand Pasquale pousse ta chaise à droite voyons Jean-Luc lève ta chaise pour la tasser frotte pas les pattes à terre ça fait du bruit pis ça grafigne le bois franc pour faire de la place à un cinquième juge. Olivier Perret est membre de plusieurs associations de Français babounant devant des sauces pas maîtrisées, en plus de faire partie de la même confrérie du sirop d’érable que juge JL «Maple» Boulay et d’être le chef exécutif du room service de l’hôtel Sofitel. 

Ainsi, puisqu’Élyse se met de la partie pour ce dernier épisode, il y aura pour les cinquante-kek prochaines minutes désormais six gérants d’estrade autour de la table qui trouvent que les finalistes ont yienque des idées de marde.

Les aspirants-chefs auront cinq heures pour cuisiner quatre plats inspirés d’autant de saisons. Comme on est au Québec, faut que le plat d’hiver prenne 6 heures à manger, et celui pour l’été fasse juste 2 bouchées, une chaude servie à 38 degrés avec un extra guêpes et maringouins et l’autre froide à 11 degrés sous une pluie torrentielle pendant que les juges sont en camping. 

Ce n’est pas tout! Iels devront servir leur entrée froide et leur entrée chaude au bout de trois heures. À ce moment, une ou un des finalistes sera éliminé et on jettera son plat principal et son dessert dans le p’tit bac gris au sac mauve pour que la Ville y crisse le feu.

C’est parti!

Step one (we can have lots of fun) : les deux entrées

Alors que Ronan explique son menu, Élyse fait un assortiment de faces d’écoute active comme seule une mère avec des années d’expérience à écouter des anecdotes toutes croches d’enfant est capable d’offrir.

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Élodie se promène dans la cuisine en se parlant à elle-même, engueule une champelure et fait des confidences à une canne de sirop dans l’intimité du garde-manger. Épuisée d’avoir tant jasé, elle passe à la prochaine étape de son nervous breakdown et pogne un fix d’asperge. Pendant une heure, elle travaille ses asperges. Elle épluche des asperges, coupe des asperges, blanchit des asperges, caresse des asperges, construit une petite cabane à ouézo en asperges, fait un crucifix en asperges (avec un collier de petits pois). Elle est heureusement sortie de sa transe potagère par la sonnerie d’un des quinze chronos qu’elle a mis partout dans la cuisine et après son coat. 

Pour rester dans la thématique «ces choses que ton psy note dans son pad sur une page avec « Dissociation? » écrit en haut quand tu lui racontes», Ronan écosse des petits pois verts. Un. À. Un. Pendant. Douze. Minutes.

Pendant ce temps, Michael fait une compression de champignons. Quossé ça? Ben… tsé comment tu vas te sentir dans pas long, quand il va rester 45 secondes et qu’un concurrent aura pas encore mis sa sauce dans son assiette pis aweye mets la sauce mets la sauce aïe aïe aïe? Ben Michael reproduit ce feeling mais en bouche en mettant des champignons dans un sac de plastique en enlevant tout l’air. Michael est aussi multitâche : pendant qu’il compresse des spores, il est aussi pas en train de cuire son canard.

Les juges s’inquiètent qu’Élodie ne travaille pas sur ses deux entrées. C’est qu’ils ne savent pas son plan secret : servir des tites bouchées feuilletées congelées Nos Compliments, en disant «pour mon entrée inspirée de l’hiver, voici ce qu’on mangeait chez moi à Noël quand j’étais petite».

Bonne chance pour en trouver après le 26 décembre, fille.
— Caroline et Mathieu, encore amers de ne pas pouvoir souper à la puff de duxelle de champignons un 12 juin

Arrive finalement le moment de vérité : y’est-tu cuit ou y’est-tu pas cuit, le canard de Michael? Beeeeeeeen… Si vous êtes un fin décodeur des traits du visage et du langage corporel, ou une amatrice de livres de psychopop, cette face d’Élyse devrait vous donner un indice ou deux : 

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Faque non. Y’a pas cuit.

Mais c’est correct, parce que le foie gras de Ronan non plus est pas cuit. Alors qu’il reste à peine une minute-et-pas-une-seconde-de-plus, il le remet au four, et le niveau de stress dans la cuisine passe au niveau Élyse-les-mains-dins-airs-la-bouche-ouverte.

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Qui est le niveau d’alerte juste avant Élyse-prie-les-dieux-païens.

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Michael dresse son assiette pendant que Colombe fait la danse de Saint-Dilon dans le background. 

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Et alors que la fin de la première ronde sonne enfin, on a tous·tes collectivement perdu trois mois de vie à se faire aller le gros nerf. C’est le temps pour les juges de jugeater ce duel d’animaux morts, mais potentiellement encore un peu vivants tellement sont pas cuits. 

La jugeation première du frette pis du chaud

On résume : 

  • On avait complètement oublié le juge invité.
  • Le ris de veau est «cru cru cru». 
  • «C’est un beau mariage», alors que le pétoncle convole en justes noces avec l’acidité.
  • La cuisse de canard n’est soudainement plus «confite». Elle est simplement «cuite dans le gras». Subtile différence, comme quand tu ne t’es pas «pogné le beigne au travail», mais que tu as plutôt «eu un malheureux contre-temps».
  • L’entrée de Michael représente vraiment très bien l’automne : froide et dure à avaler. Manque juste l’odeur des feuilles mortes et la dépression saisonnière et on y est.
  • Les tipoitoutékossés de Ronan font fureur.
  • [Sauce le ti-pain dans l’assiette] «Menoum miam menoum la sauce, hein?» (Retenez cette critique, car elle ne sera pas du tout répétée 32 fois dans le deuxième round.)

Et la première perdante/dernière gagnante/médaille de bronze/troisième place de cette édition va à Élodie. Mais elle ne repart pas les mains vides. En effet, elle pourra ramener chez elle la valise qu’elle avait amenée, incluant le petit sac de plastique avec son linge sale dedans. 

Colombe, pages roses en cheffe, lui offre un proverbe : «La pierre polie ne reste jamais par terre». On va l’avouer, on n’avait jamais réfléchi aux règles de politesse du domaine minéral. Intéressant. Merci Colombe! 

ON VA PROFITER QUE T’ES SUR LE GROS STRESS POUR TE VENDRE DE QUOI

Là, ce qui va arriver, c’est que ce texte va passer directement au gagnant, sans passer ni par Go, ni par le plat principal et le dessert, ni par la dernière et ultime jugementation.

Le bout de texte qui manque est réservé aux abonnements payants de notre Substack.

On t’explique ici comment ça fonctionne, et tout ce que tu vas recevoir pour tes 5 piasses (ou plus, ou moins). Ne pas en profiter, c’est comme vivre dans une baboune de Pasquale jusqu’à la fin des temps.

Et le gagnant masculin format familial tout inclus zéro perdant est…

Mais avant d’annoncer le top gagnant, il convient de répéter que le gagnant de taille moyenne et perdant du milieu remporte une généreuse bourse de 15 000 $, soit l’équivalent de l’augmentation du prix d’un loyer à Montréal depuis 2018 ou le coût d’un baccalauréat en littérature à l’UQAM te permettant de gagner moins que ça par année comme barista à temps partiel.

Quelle crise du logement? Tous mes amis en ont au moins quatre, des logements!
— France-Élaine Duranceau, ministre de l’Habitation, et, tiens donc, ancienne courtière en immobilier
 

Récipiendaire d’une bourse de 50 000$ soit à peu près l’augmentation de salaire d’un ministre votée selon l’argument que môman te voit pas souvent quand tu travailles au Salon bleu et que c’est pourquoi tu mérites qu’on rajoute un salaire annuel par-dessus ton salaire annuel : Ronan!

Bravo Ronan!
— Caroline et Mathieu, se rendant compte que des félicitations sont peut-être de mise de façon formelle après cette critique politique des prises de position de la CAQ qui, lorsque contemplées trop longtemps, leur donneraient envie de catapulter leur ordi par la fenêtre si seulement iels avaient les moyens de leurs frustrations

Ah pis gadon qui traînait en coulisse, désoeuvrée, attendant que quelqu’un de la prod lui pointe la bonne porte pour aller chercher ses bagages pis faire son checkout du plateau de tournage? C’est Élo! On va donc la ramener pour la féliciter elle aussi pis pour qu’elle n’oublie pas de redonner ses clés pis sa carte magnétique à la sécurité avant de partir.

Michael se dit heureux d’avoir perdu contre Ronan, ce qui adonne bien car c’était quand même son opposant. Y’a des synchronicités comme ça dans la vie qui donnent envie de croire qu’il n’y a pas de hasard et que tout est écrit d’avance dans le grand livre du destin.

Dans un dernier geste d’éclat, abandonnant la littérature des pages centrales du Larousse pour leur préférer la physicalité de cet art ancestral qu’est le bruitage de bouche, Colombe propose un proverbe buccodigital démontrant toute l’étendue de son répertoire culinothéâtral : 

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«[Poup!] Champagne!»

Attendrie, Colombe souligne combien la brigade de cette année, composée de gens talentueux et passionnés, donne envie aux gens de cuisiner. Il est vrai que voir ces aspirants-chefs mettre autant d’énergie et de sueur dans leurs plats nous a donné envie de mitonner nos propres pâtes fraîches déconstruites aux jeunes pousses de brocoli et sauce fromagée.

Ding!

Ah tiens, notre lasagne au brocoli Michelina’s est prête. Bon appétit et à la saison prochaine!


Même si l’émission est terminée, ce n’est pas la fin de nos délires culinaires. Tous les mois, nous vous offrons au moins deux textes sur des sujets variés, dépendamment de ce qu’on a trouvé au fond de la pantry.

Comme le Québec a l’habitude de déménager le 1er juillet, nous faisons lentement nos boîtes vers Substack, abandonnant progressivement la plateforme Patreon et la section blogue de ce site. Certains textes, comme nos archives, continueront d’être accessibles gratuitement; d’autres seront sur Substack, et réservés aux lanceux et lanceuses de trente sous dans notre chapo de quêteux littéraires.